Je suis Patrick Melkior. Depuis plus de trente-cinq ans, je présente des spectacles de magie pour enfants dans les écoles, les salles des fêtes et les manifestations organisées par les communes, les associations ou les comités d'entreprise. Je pourrais parler de mes colombes et de ce gros lapin que les enfants n’attendent pas toujours. Mais un spectacle commence avant que je prenne ma baguette. Il commence bien avant, lorsqu'on regarde la salle, qu'on prépare les accessoires et qu'on se demande comment les enfants vont pouvoir tout voir. Une fois le public installé, les choses changent encore. Les petits parlent, les grands cherchent le secret. Et moi, je continue avec tout ce petit monde devant moi.

Mon métier n'est pas de présenter une suite de manipulations pour montrer qu'elles sont difficiles. Un enfant de quatre ans ne vient pas au spectacle pour juger la technique d'un magicien. Il veut voir quelque chose se passer. Une couleur change. Un objet disparaît. Une colombe apparaît là où il n'y avait rien quelques secondes auparavant. Les réactions précèdent souvent les applaudissements. C’est aussi pour cela que j’aime ce métier.

Un magicien qui travaille pour les enfants, pas seulement devant eux

On parle beaucoup de participation dans les spectacles pour enfants. Mais faire participer ne consiste pas seulement à appeler un volontaire et à lui donner une baguette. L’enfant doit comprendre sans se sentir examiné devant les autres. Certains montent sur scène avec beaucoup d'assurance. Ils veulent toucher tous les accessoires et annoncer à leurs camarades qu'ils ont déjà deviné le tour. D'autres s'approchent plus lentement. Ils regardent leurs chaussures, puis le public, puis le magicien. Avec ces enfants-là, une petite consigne suffit parfois. Tenir un foulard, surveiller une boîte ou dire une formule que toute la salle connaît déjà.

Les enfants qui restent assis participent également. Ils préviennent lorsqu'ils croient qu'un objet a disparu au mauvais endroit. Ils répondent à une question que je n'ai pas encore terminée. Il y en a toujours un qui regarde derrière le décor, persuadé d'avoir trouvé une explication. Je ne peux pas prévoir chaque réaction. Je peux seulement connaître mon numéro suffisamment bien pour lui laisser de la place. Si je continue comme si personne n'avait parlé, le spectacle devient vite une démonstration. Or les enfants ne viennent pas pour regarder quelqu'un travailler sans pouvoir réagir.

Il ne faut pas non plus remplir chaque seconde avec des paroles. Un enfant regarde l’objet, puis comprend pourquoi sa disparition est surprenante. On lui laisse ce moment. Les rires arrivent quelquefois après.

Les colombes, le lapin et ces apparitions que les enfants n'oublient pas

Les animaux occupent une place dans mon spectacle. Il y a les colombes, le lapin, et cette attente particulière quand les enfants pressentent qu'un animal va arriver. Ils regardent la boîte, la couverture ou l'accessoire que je pose devant eux. Certains disent qu'ils ont vu bouger quelque chose. D'autres assurent qu'il n'y a rien. Puis l'apparition se produit. Ce qui m'intéresse, c'est souvent le regard qui suit. Pendant un court instant, ils oublient d'expliquer. Ils regardent simplement l'animal.

Travailler avec des animaux demande aussi de préparer leur place, leur tranquillité et les conditions du spectacle. Leurs besoins comptent, même lorsque les enfants réclament un autre tour. Avant l'arrivée des spectateurs, je contrôle mes accessoires et j'organise le matériel pour éviter les manipulations inutiles. C'est une partie du métier que le public ne voit pas, mais qui est aussi importante que le numéro lui-même.

Les enfants, de leur côté, ne s'intéressent pas tous au même détail. Les plus petits regardent surtout l'animal. Les plus grands se demandent où il pouvait se trouver et comment il est arrivé. Un même effet provoque donc des réactions différentes. Il faut laisser ces réactions venir, sans tout expliquer. Après tout, si je donne la réponse à chaque question, il ne reste plus beaucoup de magie.

Oscar, la ventriloquie et le plaisir de voir une salle répondre

La ventriloquie apporte autre chose au spectacle. Avec Oscar, ma marionnette, on ne regarde plus seulement des apparitions et des disparitions. On écoute un personnage. Il peut répondre à côté de la question, faire semblant de ne pas comprendre ou provoquer le magicien. Les enfants savent bien qu'Oscar est une marionnette. Pourtant, ils lui parlent. Ils le préviennent, lui donnent des conseils et lui reprochent quelquefois ses bêtises. Cette façon de passer du tour de magie à un échange avec un personnage change le rythme de la représentation.

Je remarque aussi que les enfants les plus discrets peuvent se mettre à répondre lorsqu'un personnage leur pose une question. Ils n'oseraient pas forcément monter sur scène, mais ils acceptent de parler depuis leur place. Il faut entendre ce qu'ils disent, quitte à laisser Oscar attendre un peu avant de reprendre. La salle n'est jamais parfaitement silencieuse. Et ce silence n'est pas ce que je recherche pendant un spectacle destiné aux enfants.

La ventriloquie a son propre rythme. Le public doit voir Oscar, comprendre ce qu’il raconte et pouvoir répondre. Une réplique qui fonctionne avec un groupe de grands ne déclenche pas forcément la même réaction avec des enfants de maternelle. On adapte, sans changer toute l'histoire à chaque représentation.

En Haute-Savoie, chaque salle demande une installation différente

Je me déplace pour des spectacles en Haute-Savoie, notamment du côté d'Annecy, d'Annemasse, de Thonon-les-Bains, de Cluses et dans les communes du département. Entre une salle communale, un gymnase et un espace prévu pour une fête, les conditions ne sont pas les mêmes. Dans un endroit, la scène est déjà installée. Dans un autre, il faut trouver où placer le décor et comment faire asseoir les enfants. On pourrait croire que quelques mètres de plus ou de moins ne changent pas grand-chose. Pourtant, un accessoire très visible depuis le premier rang peut devenir difficile à distinguer au fond de la salle.

Je regarde donc la salle avant de commencer. Il faut de la place et une prise électrique. J'apporte les accessoires nécessaires à mon spectacle, ainsi que la sonorisation et l'éclairage adaptés. Mais l'autonomie du magicien ne veut pas dire que l'on peut s'installer n'importe où. Une porte doit rester accessible. Les enfants doivent pouvoir entrer et sortir sans traverser la zone du spectacle. Le public doit voir les animaux et les objets, pas seulement entendre ce qui se passe.

Pour les organisateurs qui souhaitent connaître mon programme, les types d'interventions et les secteurs desservis, j'ai réuni davantage de renseignements sur mes spectacles de magie en Haute-Savoie. Cela permet de voir à qui s'adresse le spectacle avant de choisir une date. Ensuite, on peut parler de la salle et du nombre d'enfants. Je préfère savoir cela avant d’arriver.

Les écoles, les fêtes de village et les arbres de Noël

Dans une école, les enfants arrivent souvent par classes. Les plus petits regardent le décor, les plus grands cherchent à reconnaître les accessoires. Les enseignants savent déjà où installer les groupes et quels élèves auront besoin de rester près d'un adulte. Lorsque tout cela a été préparé, la représentation peut commencer sans passer les premières minutes à demander aux enfants de changer de place. Ce n’est pas spectaculaire. Mais cela change beaucoup de choses.

Les communes et les associations organisent aussi des fêtes où plusieurs générations sont présentes. Les parents restent au fond, les enfants s'installent devant et certains grands-parents viennent regarder avec les plus jeunes. Je présente d'abord un spectacle pensé pour les enfants de trois à douze ans. Les adultes peuvent en profiter, bien sûr, mais les tours sont construits pour que le jeune public comprenne ce qu'il voit et puisse réagir. Je ne transforme pas le programme en close-up pour adultes simplement parce que quelques parents sont dans la salle.

Pendant les arbres de Noël, l'ambiance est encore différente. Les enfants attendent souvent plusieurs choses dans la même journée. Il y a le spectacle, les cadeaux, parfois le goûter et l'arrivée du Père Noël. On ne peut pas faire comme si tout cela n'existait pas. Si les enfants viennent de courir dans un grand espace, il leur faut un petit moment pour s'installer. Puis un premier effet visuel attire leur attention, et la représentation trouve son rythme. Le programme garde ses apparitions et son humour. Je tiens compte de l’ambiance.

Ce que trente-cinq années de scène m'ont appris

Il m'arrive encore de voir un enfant affirmer très fort qu'il connaît le secret d'un tour. Il donne son explication à ses camarades, parfois avant que j'aie terminé ma phrase. Je pourrais lui dire qu'il se trompe. Je préfère souvent continuer. Il regarde une seconde fois, remarque autre chose, puis cherche une nouvelle explication. Tout le monde a suivi sa remarque, et le numéro prend une direction que je n'avais pas entièrement prévue. Le spectacle ne se déroule jamais comme une vidéo qu’on relance à l’identique.

Il y a aussi ceux qui applaudissent très peu. Ils ont pourtant suivi tout le numéro. Après la représentation, ils peuvent encore parler d'un détail, de la boîte qu'ils ont surveillée ou de la formule qu'ils ont prononcée. Avec les enfants, on ne juge pas toujours l'intérêt d'un spectacle à la force des applaudissements. Certains rient très fort, d'autres regardent sans bouger, puis racontent ensuite ce qui les a étonnés. C'est une chose que j'ai comprise en voyant des publics très différents.

On apprend aussi à reconnaître les moments où il faut ralentir. Une marionnette vient de dire quelque chose, et plusieurs enfants répondent en même temps. Si je poursuis ma phrase, personne ne l'entendra. J'attends donc un peu. Une autre fois, au contraire, je peux enchaîner plus rapidement parce que les enfants ont déjà compris le principe du numéro. Ce sont de petites décisions. Elles font pourtant la différence.

Préparer un spectacle, c'est aussi penser aux personnes qui l'organisent

Quand une école ou une association me contacte, la première question concerne souvent la date. Puis viennent le nombre d'enfants, leur âge, le lieu et les horaires possibles. L’organisateur n’a pas besoin de connaître la technique. Il doit décrire le lieu. Une salle prévue pour soixante-dix enfants n'est pas forcément aménagée comme une salle des fêtes pouvant accueillir plusieurs classes. Il faut en parler, et surtout éviter de découvrir ces contraintes juste avant l'arrivée du public.

J'arrive avec mon matériel et je prévois du temps pour l'installation. Les accessoires doivent être à leur place, les éléments de décor installés et les animaux préparés dans de bonnes conditions. Lorsque les portes s'ouvrent, les enfants ne voient pas toute cette préparation. Ils trouvent le spectacle prêt. C'est précisément le résultat recherché. On peut alors leur demander de s'asseoir, commencer avec la musique et faire entrer la magie, sans que les questions de câbles ou de déplacement de mobilier viennent interrompre le premier numéro.

Le spectacle dure environ une heure. Mais ce n’est qu’une partie de mon intervention. Il y a l'arrivée sur place, le montage, les vérifications, puis le rangement lorsque les familles sont reparties. Une fête réussie dépend aussi de ces moments-là. Le magicien ne travaille pas seulement quand il est devant son public.

Melkior, une magie que les enfants peuvent regarder et vivre

Je présente un spectacle de scène, avec des animaux, de la ventriloquie, des objets colorés et des enfants qui prennent part à certains numéros. Je ne cherche pas à compliquer les effets pour le plaisir de montrer une technique. Je veux que les enfants voient ce qui se passe, qu'ils puissent rire, répondre et parfois venir tenir un accessoire à côté de moi. Le spectacle fonctionne avec eux, et quelquefois grâce à ce qu'ils disent sans prévenir.

Après plus de trente-cinq ans de métier, je prépare toujours mes affaires avec la même attention. Les colombes, le lapin, Oscar, les accessoires et le décor ont chacun leur place. Puis les enfants arrivent. L'un s'assoit devant, un autre demande déjà ce qu'il y a dans la boîte. Je n'ai pas encore commencé que les questions sont là. Alors je prends ma baguette. Et le spectacle peut commencer.